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Nous atteignons Paksé après deux nuits consécutives dans des bus. Il y a très peu de routes asphaltées au Laos et cet état de fait nous oblige à revenir sur nos pas pour continuer notre voyage vers le sud du pays. Nous effectuons donc un Luang Prabang-Vientiane, Vientiane-Paksé avec un arrêt “croissants- pain au chocolat” de quelques heures dans la capitale laotienne. 20 heures de bus en cumulé sur un itinéraire qui suit au plus près le parcours du fleuve Mékong. Et encore, la durée s’est drastiquement réduite grâce au chauffeur du Vientiane-Paksé qui a conduit pied au plancher toute la nuit. Nous étant préparés à un voyage de 16 heures, nous restons endormis comme des bienheureux à l’arrivée à la gare routière de Paksé. Nous sommes réveillés par une Chinoise qui nous évite un réveil brutal dans la voie de garage… 

Paksé, c’est le contraire de Luang Prabang: rien n’est fait pour les touristes comme le souligne une jeune backpakeuse anglaise scandalisée: “vous vous rendez compte, il n’y a même pas de boite de nuit !”. Nous, on préfère: c’est souvent une garantie d’authenticité préservée et de prestations moins chères. Quelques guesthouses sont éparpillées de-ci, de-là. Le centre-ville est mort depuis qu’on a déplacé le marché et construit à la place le premier centre commercial du Laos. Le modèle de galerie commerciale à l’occidentale s’éloignant trop des habitudes laotiennes (et la location des emplacements étant sans doute trop onéreuse), le centre commercial n’a pu attribuer qu’un tiers de ses emplacements à des commerçants. Le reste de la surface est tristement vide. Les intérêts touristiques de Paksé se résument par ailleurs à un temple habité par des moines loquaces et une chatte enceinte en attente de caresses.

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Alors pourquoi être venus à Paksé ? Pour le café bien sûr. La ville est le point de départ pour des excursions sur le plateau des Bolavens où sont cultivés caféiers et hévéas. Nous partons donc pour une virée de trois jours en moto.

Au menu, café, café, café mais aussi, magnifiques chutes et belles rencontres au gré des étapes.

Notre paquetage se réduit au minimum pour cette balade. A deux sur une moto, nous ne pouvons emporter qu’un petit sac à dos (dont les deux tiers seront occupés par le matériel photographique de Nicolas…).

Nous commençons notre périple en traversant des villages de marchands de fruits un peu exclusifs: ceux-ci ne vendent que des ananas, des fruits du jacquier et des durians. Le durian, ce “fruit” à l’allure monstrueuse (il m’évoque plus une arme de Viking qu’un dessert !) et à l’odeur particulièrement nauséabonde (qui tient de l’excrément et de l’oeuf pourri). Du coup, on sent les étals avant de les voir apparaitre. La veille, j’ai fait une expérience gastronomique malheureuse en achetant des bonbons crémeux au durian. J’ai emmené le paquet à peine entamé avec nous. Peut-être que les locaux seront plus à même d’apprécier leur saveur qui m’a rappelé l’odeur des poulaillers non curés de chez ma mémé…

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Puis, les premières chutes d’eau font leur apparition. Les unes encaissées en forme de fer à cheval…

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…les autres ramassées et larges, présentant plusieurs niveaux.

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A Tad Lo nous nous arrêtons par hasard dans l’auberge “Fandee” de Loic, un Français fraichement installé dans ce petit village perdu. C’est la grande table en bois avec son affiche proposant de goûter du café bio qui attire notre attention. Loic prépare le café dans d’authentiques cafetière italiennes.

Très vite, nous engageons la conversation sur les raisons qui l’ont poussé à s’installer ici. Loic est originaire du Nord et faisait les marchés. Il est tombé amoureux du pays et en particulier de Tad Lo après y avoir effectué plusieurs séjours. Il a décidé finalement de s’y installer et d’y créer une guesthouse. “Pas pour devenir riche, nous dit-il, mais pour vivre comme je veux”.

Puis arrive Ariel, un de ses amis français littéralement assailli par deux enfants laotiens pliés de rire. Ariel a débarqué ici en début d’année et devait repartir en avril. Il a manifestement raté son vol retour.

Loic nous explique qu’il donne des cours d’anglais gratuits aux enfants du village le soir et que son auberge est devenu un peu le repère des gamins. Je crois que je viens de trouver une occasion de me débarrasser des bonbons au durian. Devant le paquet que je lui présente la mine dégoutée, Loic me lâche dans un grand sourire: “ils adorent les bonbons, surtout quand ils sont au durian”. Les hôtes sont sympathiques, les bungalows en bois au confort spartiate accueillants et l’immense table en bois sur la terrasse invite aux conversations interminables. Nous décidons de rester ici pour la nuit.

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Dans l’après-midi, nous effectuons une promenade à pied dans le village de Tad Lo. Situé le long d’une rivière en aval des chutes éponymes, le village nous offre de belles images d’Asie profonde. Les maisons de bambou sur pilotis, les épais buffles d’eau qui paissent sur les berges, les cochons dans leur soue, les mamans poules qui grattent la terre pour leur cortège de petits poussins, les enfants (certains nus comme des vers) qui jouent dans la rivière dans la lumière du jour tombant… Ca ne sent pas la richesse mais les gens semblent joyeux. Ils discutent en famille sous les maisons ou sur les terrasses et saluent notre passage de chaleureux “Sabaidee !!!”. Vraiment sympa, Tad Lo.

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Vers 18h00, une ribambelle d’enfants de 6 à 14 ans font leur apparition devant l’auberge de Loic. Ils laissent leurs tongs multicolores à l’entrée et se rassemblent autour du tableau de classe mise en place devant coussins et hamacs pour le cour d’anglais du soir. Tout le petit monde s’installe dans un joyeux bordel pour suivre le cour prodigué ce soir par Ariel sur le thème des mois de l’année !

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Certains enfants aident en cuisine et au service des clients de l’auberge. Les mêmes escaladent plus tard l’échelle qui mène à la mezzanine au-dessus de la cuisine pour aller se coucher. Loic nous explique que ceux-là sont logés ici car leur famille est trop pauvre pour les nourrir. Du coup, il a fait un deal avec les enfants et les parents: les gamins sont nourris et logés en échange d’un peu d’aide et surtout, contre la promesse que les mômes iront tous les jours à l’école. Une initiative très généreuse et qui porte ses fruits !

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Le diner est pris ensemble autour de l’immense table de l’auberge. Des Suisses et des Français nous rejoignent devant le diner de curry et de riz collant (un régal). Nous discutons jusque tard dans la nuit de voyages, du Laos, de vie itinérante…

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Le lendemain matin, rebelote. Bloqués par un orage qui charrie des trombes d’eau, nous ne réussissons à nous extirper de “Chez Fandee” que vers midi.

Nous ne pouvons que recommander chaudement cette auberge au coeur gros comme ça qui en plus d’accueillir des enfants et de lutter contre l’analphabétisme, soutient encore bien d’autres projets caritatifs locaux en vendant savons et remèdes médicaux traditionnels.

Allez voir le site de chez Fandee et ici sur Facebook.

Nous voilà repartis au milieu des champs de caféiers mais aussi de paysages malheureusement complètement déforestés. Les Vietnamiens rachètent parait-il en masse les terres pour planter hévéas et caféiers. Le temps maussade n’entame pas la bonne humeur des habitants du plateau des Bolavens: on nous gratifie de tonitruant “Sabaidee” tout le long du chemin, les enfants nous font coucou et on nous envoie même des baisers…

Nous nous arrêtons quelques heures après notre départ de Tad Lo pour le déjeuner. Nous mangeons le plat traditionnel laotien: une généreuse soupe avec nouilles de riz, morceaux de poulet et herbes fraiches, le tout servi avec une assiette de haricots verts crus, de feuilles de choux, de bouquets de feuilles de menthe, de citron vert, de piments, de sauce de poisson et de cacahuètes pour agrémenter la soupe. Du coup, d’un client à l’autre, la soupe n’a jamais le même goût. Nous prenons ensuite un café, succulent, avec un goût de torréfaction prononcé. La saveur légèrement brûlée rappelle le caramel. Il est souvent servi avec du lait concentré sucré pour l’adoucir. Sur la photo, il est filtré à la mode vietnamienne.

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Nous admirons d’autres chutes d’eau plus spectaculaires que les précédentes. Très hautes, longilignes, les chutes de Tad Katamtok, romantiques à souhait.

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Certaines sont difficiles d’accès. Il faut emprunter des pistes rendues glissantes par la pluie. Nous godillons dans la boue en essayant d’éviter les ornières profondes. Certains tronçons de la route en travaux sont carrément impraticables et m’obligent à descendre dans le bourbier pendant que Nicolas manoeuvre difficilement.

Nous cherchons en vain, avec un couple de Russes rencontrés en chemin, une guesthouse conseillée par Loic. Personne ne semble savoir où elle est, même si un panneau l’indique. Mystère. Après quelques 160 km de route, nous faisons halte à Paksong dans un hôtel sans charme de cette ville sans charme.

Le lendemain, nous petit-déjeunons dans un restaurant tenu par des Anglais. Ils vendent aussi du café et nous expliquent que le produit du plateau des Bolaven est un des meilleurs au monde: testé par des spécialistes du café parmi toute une foule d’autres cafés de renom, il a terminé parmi la quinzaine de crus ayant une note supérieure à 80/100. Notre couple essaie de promouvoir le café des Bolavens. Ils ont exporté du café aux USA l’année passée. Une première dans l’histoire du café laotien qui mérite d’être connu. Nous aurions vraiment voulu visiter une production de café. Malheureusement, nous arrivons à la mauvaise époque. La récolte est finie, les processus de fabrication aussi. Bref, il n’y a plus rien à voir.

En plus du bon café, des infos intéressantes et du délicieux pain perdu dont Nicolas fait une seule bouchée, l’auberge recèle d’autres curiosités. Un chaton famélique que le couple a recueilli il y a quelques semaines. Le paysan qui voulait s’en débarrasser leur a tendu le chat emballé dans un sac plastique comme un vulgaire morceau de viande au marché. Entre le chat et les paquets de café, il y a Salsa, la poule, elle aussi adoptée toute jeune qui se laisse facilement attraper et qui, manifestement, apprécie les caresses. Depuis ma rencontre avec Salsa, je harcèle Nicolas pour inaugurer un poulailler.

Nous terminons notre périple en allant voir les plus hautes chutes du Laos, Tad Fan, qui tombent dans un cirque.

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Nous jetons aussi un heureux coup d’oeil aux charmantes chutes de Tad Champi...

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...sous toutes les coutures.

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Nous revenons enfin à Paksé où nous nous accordons une coupe glacée dans notre cantine préférée en planifiant notre journée du lendemain.

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Paksé, c’est aussi le point de départ DU site archéologique du Laos. Nombreux sont les laotiens qui font un pèlerinage au Wat Phou. Situé dans le village de Champassak à une quarantaine de km au sud de Paksé, le Wat Phou est classé au patrimoine de l’Humanité par l’UNESCO. Le guide du Routard précise que la visite du site après celle des temple d’Angkor peut paraitre insignifiante. Ca tombe bien, on n’a pas encore visité Angkor et le Laos ne recèle pas de nombreux sites archéologiques, alors, mieux vaut ne pas rater celui-là.

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Les temples du Wat Phou sont situés en contrebas d’une montagne aux formes généreuses qui ont évoqué à des religieux venus d’Inde un phallus géant, attribut du dieu hindouiste Shiva. Des temples ont été construits à cet emplacement à partir du Ve siècle par les premiers représentants de la civilisation khmer. Le site est donc plus vieux que celui d’Angkor. Les deux endroits sacrés furent d’ailleurs reliés par une route, elle aussi sacrée. Le site est devenu par la suite bouddhiste.

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Une rapide visite du musée consacré au site nous replonge d’un coup dans les rues de Kathmandu: mêmes statuaires, mêmes symboles… sauf qu’au Népal, la culture était vivante, marquée chaque matin par des poudres colorées et des pétales de fleurs par une foule fervente.

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Les temples du Wat Phou ont beaucoup souffert. On ne peut en admirer que quelques façades encore debout. Cependant, son allée d’apparat bordée de lingams (un alignement de phallus stylisés) et ses escaliers menant au sanctuaire sont impressionnants.

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Malmenées par les frangipaniers dont les racines ont décalé certains blocs, les marches mènent à une esplanade offrant une vue magnifiques sur les alentours. On y trouve aussi une pierre sacrificielle creusée en forme de crocodile, mais pour y sacrifier des jeunes vierges (évidemment toutes volontaires…).

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Le Wat Phou, une visite introductive avant le gros morceau des temples d’Angkor.

Laos Wat Phou 017Retrouvez ici les photos du plateau des Bolavens et ici celles du Wat Phou.